3 novembre 1863

« 3 novembre 1863 » [source : BnF, Mss, NAF 16384, f. 244], transcr. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7281, page consultée le 24 janvier 2026.

Bonjour, mon ineffable bien-aimé, bonjour, amour, paix et bonheur à toi, je t’adore. Si tu as passé une good nuit je t’en offre autant et si tu te portes bien j’en suis encore. Je viens de me faire arracher la peau par Suzanne avec un courage héroïque digne de ta férocité. Malheureusement cela n’empêche pas la pluie de tomber et la tempête de souffler avec furie. Je le déplore pour toi, mon pauvre petit homme, que cela empêche de sortir autant qu’il le faudrait. Il faudra bien pourtant que tout ce vacarme s’apaisea et que le ciel se sèche, mais je voudrais que ce fût tout de suite. En attendant tu multipliesb les beautés et les splendeurs chez moi à ce point que je n’oserai bientôt plus y habiter, ce palais étant plus fait pour une jeune fée que pour une pauvre vieille femme comme moi. Je me figure que cette merveille [créée ?] par toi sera notre habitation dans le paradis, transfigurée, mais non plus belle qu’elle ne l’est en ce moment. Dès à présent j’en fais le temple de mon amour dans lequel je t’adorerai à tous les instants de ma vie. Tu en seras tout à la fois l’architecte et le Dieu. J’ai le cœur si plein que je crains de le laisser déborder dans des phrases dont je ne connais pas les limites, mais je t’aime, je t’aime, je t’aime plus que ma vie. Ton pauvre petit Toto doit bien s’impatienter d’être retenu malgré lui à Jersey par cet affreux temps. Je le plains dans l’âme et je plains encore plus peut-être ceux ou celles qui souffrent de son absence. Cela me prouve une fois de plus qu’il ne faut pas se séparer quand on s’aime. Quant à moi, j’en fais ma règle de conduite, c’est-à-dire de bonheur, c’est-à-dire la condition même de mon existence. Je veux vivre, t’aimer et mourir près de toi, voilà mon SINE QUA NON. Attrapez ce latin-là en passant et faites-en votre profit.


Notes manuscriptologiques

a « appaise ».

b « multiplie ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

Adèle, fille de Hugo, s’enfuit au-delà des mers à la poursuite désespérée d’un militaire dont elle est amoureuse. Mme Hugo adresse quelques signes de courtoisie à Juliette.

  • 19 maiElle signe un bail de location pour la maison du 20, Hauteville.
  • 18 juinAdèle, fille de Victor Hugo, part rejoindre le lieutenant Pinson.
  • 2 juilletMme Hugo offre et dédicace à Juliette Drouet un exemplaire de son Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie.
  • 15 août-7 octobreVoyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.
  • DécembreElle décline l’invitation de Mme Hugo à participer au dîner des enfants pauvres.